Insécurité et violences : les chiffres

240 000 victimes de coups et blessures volontaires en 2018 contre 198 000 en 2008.

L'insécurité est un des sujets les plus clivants du débat public français. Entre le sentiment d'insécurité (subjectif) et les chiffres de la délinquance (objectifs), le fossé est souvent large. Les données SSMSI (Service statistique du ministère de l'Intérieur) permettent de poser des faits.

Assault victims France SSMSI
Victimes de coups et blessures volontaires (15+) en France : 198 600 (2008) → 240 200 (2018) — SSMSI.

Le nombre de victimes de coups et blessures volontaires (CBV) est passé de 198 600 en 2008 à 240 200 en 2018, soit une hausse de 21% en 10 ans. Cette hausse n'est pas uniforme : elle s'accélère fortement à partir de 2014, avec un bond particulièrement marqué entre 2017 et 2018.

Mais le chiffre le plus frappant concerne les violences intrafamiliales (VIF). En 2022, les CBV ont atteint 353 600 victimes, dont 52% sont des violences intrafamiliales. La part des VIF est passée de 44% en 2016 à 52% en 2022. Ce n'est pas nécessairement que les violences augmentent — c'est aussi que la libération de la parole et les politiques pénales font que plus de victimes portent plainte.

Assaults and domestic violence France
CBV en France (2016-2022) : 225 500 → 353 600. Part des violences intrafamiliales : 44% → 52% — SSMSI.
Police crime statistics 1975-2000
Évolution des faits constatés par la police (1975-2000) : hausse des violences avec et sans violence.

Les enquêtes de victimation (CESDIP, INSEE) donnent une perspective différente. La prévalence des agressions physiques non létales varie selon les territoires : de 0 à 5% selon les zones. Saint-Denis affiche les taux les plus élevés, autour de 4,5% de prévalence, contre 2-3% pour la moyenne nationale.

Les agressions physiques caractérisées (les plus graves) sont beaucoup plus rares : la prévalence dépasse rarement 1%. Même à Saint-Denis, la zone la plus touchée, elle atteint environ 1%. La probabilité d'être victime d'une agression grave reste statistiquement faible — mais le sentiment d'insécurité ne suit pas nécessairement cette logique statistique.

Non-lethal aggression prevalence
Prévalence des agressions physiques non létales par zone (1984-2018) — CESDIP, INSEE, IPR.

Les chiffres de l'insécurité sont réels mais nuancés. Les violences augmentent, mais la mesure est compliquée par l'évolution du recours au dépôt de plainte. La part croissante des violences intrafamiliales est un phénomène majeur. Mais le sentiment d'insécurité — qui alimente le vote aux extrêmes — ne se réduit pas aux statistiques : il est alimenté par la perception du désordre, de l'immigration, et du déclassement territorial.

← Retour au sommaire