La crise de la démocratie
68% des citoyens estiment que la démocratie ne permet pas de prendre les bonnes décisions.
Le cours s'ouvre sur un constat sans concession : les démocraties occidentales traversent une crise de confiance profonde. Les données du CEVIPOF (Sciences Po) et du Edelman Trust Barometer dressent un tableau préoccupant. Ce n'est pas une opinion — ce sont des chiffres.
Le Edelman Trust Barometer mesure la confiance dans les institutions (gouvernement, entreprises, médias, ONG). En 2021, les résultats sont contrastés : la Chine affiche 91% de confiance dans le gouvernement, la France 53%, les États-Unis 39%, l'Argentine 22%. La France se situe dans la moyenne basse des pays développés.
Plus inquiétant : 68% des personnes interrogées estiment que les démocraties ont du mal à prendre des décisions. Et 63% pensent que la démocratie ne fonctionne pas bien. C'est un rejet qui touche le cœur du système : non pas un mécontentement sur tel ou tel gouvernement, mais une défiance envers le régime lui-même.
En France, le niveau de confiance varie fortement selon l'échelon politique. Le maire (60% de confiance) est de loin le plus apprécié, suivi du député (41%), du Premier ministre (33%) et du Président de la République (28%). Plus l'élu est proche, plus on lui fait confiance. Plus il est loin, moins.
Cette hiérarchie de la confiance dit quelque chose d'important : les citoyens ne rejettent pas la politique en soi — ils rejettent un certain type de politique, perçue comme déconnectée et impuissante. C'est moins un rejet de la démocratie que des élites qui la dirigent.
Les sondeurs du CEVIPOF confirment cette tendance depuis des années : la défiance politique n'est pas conjoncturelle, elle est structurelle. Elle s'alimente de trois sources : la perception d'impuissance de l'État face aux crises, le sentiment que les élites sont déconnectées du quotidien, et l'impression que les promesses électorales ne sont pas tenues.
Ce contexte est essentiel pour comprendre le reste du cours. Ce n'est pas un hasard si les crises environnementales et économiques sont accompagnées d'une crise politique : quand les institutions sont perçues comme incapables d'agir, la tentation est forte de se tourner vers des solutions autoritaires ou de se replier sur des identités fermées.
La crise de la démocratie n'est pas une lubie de commentateurs — c'est un fait mesuré, documenté, qui s'aggrave. Comprendre pourquoi les citoyens ne font plus confiance aux institutions est la première étape pour reconstruire une légitimité politique capable de faire face aux défis du siècle.