Bonheur, revenu et développement
Au-delà de 75 000 $ par an, le bien-être quotidien n'augmente plus.
Si le PIB ne mesure pas le bien-être, qu'est-ce qui le mesure ? Depuis les années 1990, plusieurs indicateurs alternatifs ont été développés : l'Indice de Développement Humain (IDH), le Satisfaction with Life Index, le World Happiness Report. Leur constat commun : la croissance économique ne rend pas automatiquement plus heureux.
L'IDH, développé par le PNUD, combine trois dimensions : la santé (espérance de vie), l'éducation (années de scolarité) et le revenu (PIB par habitant). L'IDH mondial est passé de 0,60 en 1990 à 0,74 en 2021 — une progression notable. Mais les disparités régionales sont énormes : les pays à très haut développement humain atteignent 0,896 contre 0,518 pour les pays à faible développement.
Le World Happiness Report classe les pays selon la satisfaction de vie déclarée. Les pays nordiques dominent systématiquement le classement — Finlande, Danemark, Islande. Pas parce qu'ils sont les plus riches, mais parce qu'ils combinent revenu élevé, faibles inégalités, forte protection sociale et grande confiance sociale.
La courbe fameuse de Kahneman et Deaton montre que le bien-être émotionnel quotidien augmente avec le revenu jusqu'à un seuil d'environ 75 000 $ par an, puis plafonne. En revanche, l'évaluation globale de sa vie (le « bonheur » déclaré) continue de croître avec le revenu au-delà de ce seuil.
Ce que ça signifie : l'argent achète la tranquillité d'esprit jusqu'à un certain point. Au-delà de 75 000 $, gagner plus ne rend pas vos journées plus agréables — mais ça vous fait penser que votre vie est meilleure (ce qui n'est pas la même chose).
Chercher à maximiser le PIB comme seul objectif de société, c'est supposer que plus de richesses rendra toujours plus heureux. Les données disent le contraire : au-delà d'un seuil, c'est la qualité des relations sociales, la confiance dans les institutions et la sécurité économique qui déterminent le bien-être.