Exodes climatiques
71 millions de déplacés en 2022 — un chiffre qui pourrait être multiplié par 10.
En 2022, 71,1 millions de personnes étaient déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Sur ce total, 62,5 millions à cause des conflits et 8,7 millions à cause des catastrophes naturelles. C'est le chiffre le plus élevé jamais enregistré. Et il ne cesse d'augmenter.
La Banque Mondiale, dans son rapport Groundswell (2021), projette entre 143 millions et 216 millions de migrants climatiques internes d'ici 2050, selon les scénarios d'émissions et de développement. D'autres estimations, incluant les migrations transfrontalières, montent jusqu'à 1 milliard de personnes déplacées.
Les causes sont imbriquées : sécheresses qui rendent l'agriculture impossible, montée des eaux qui submerge les zones côtières, événements extrêmes qui détruisent les habitats. Ces déplacements sont rarement « climatiques » au sens pur — ils combinent facteurs environnementaux, économiques et politiques.
Les destinations ne sont pas aléatoires. Les flux migratoires suivent des routes tracées par l'histoire, les réseaux diasporiques et les différences de richesse. Les cartes de l'ONU montrent que les migrations Sud-Sud (d'un pays en développement à un autre) sont en réalité plus importantes que les migrations Sud-Nord.
Contrairement à une idée reçue, la majorité des déplacés climatiques restent dans leur propre pays. Ce n'est qu'en dernier recours — quand le pays d'origine n'offre plus aucune perspective — que les gens franchissent les frontières. La question migratoire n'est pas une question d'invasion : c'est une question d'adaptation à un monde qui devient invivable par endroits.
Les migrations climatiques ne sont pas un phénomène futur — elles sont déjà là, et elles vont s'intensifier. Les estimations les plus basses parlent de 143 millions de personnes d'ici 2050. C'est l'équivalent de deux fois la population française qui devrait se déplacer. Pas en une fois, mais année après année.