Nourrir la planète

La production agricole mondiale a explosé — mais à quel prix énergétique ?

Entre 2000 et 2021, la production agricole mondiale a augmenté dans toutes les catégories : céréales (32% de la production), légumes (12%), oléagineux (12%), fruits, racines et tubercules. Cette augmentation a permis de nourrir une population qui est passée de 6 à 8 milliards d'humains sur la même période. Mais ce succès a un revers.

World agricultural production
Production agricole mondiale par type (2000-2021) : céréales 32%, sucre 18%, légumes 12%, oléagineux 12%.

La révolution agricole du XXe siècle a reposé sur trois piliers : les engrais azotés (fabriqués à partir de gaz naturel), les pesticides (issus du pétrole), et la mécanisation (carburant fossile). Sans énergie fossile, la productivité agricole serait une fraction de ce qu'elle est aujourd'hui.

Le cas du blé dur est révélateur. La guerre en Ukraine a perturbé les marchés mondiaux et la production canadienne a chuté de 1,3 million de tonnes en 2021/2022 par rapport à 2020/2021. Résultat : une tension sur les approvisionnements mondiaux en pâtes et semoules. Le système alimentaire mondial est interconnecté et fragile.

Durum wheat production
Évolution de la production de blé dur — Canada : -1,3 Mt en 2021/22, des conséquences mondiales.

En France, la dépense alimentaire totale représente 300 milliards d'euros, soit 21% du budget des ménages. Mais la part qui revient aux agriculteurs est minuscule : seulement 2%, soit 30 milliards. Le reste part dans l'industrie agroalimentaire, la transformation, le transport, la distribution et la restauration. C'est ce qu'on appelle la « désagricolisation » de la valeur ajoutée.

Cette structure explique pourquoi une hausse des prix alimentaires n'a quasiment aucun impact sur le revenu des agriculteurs — et pourquoi les agriculteurs peuvent être en crise alors que les prix au supermarché augmentent.

Nourrir 10 milliards d'humains est un défi technique, mais surtout un défi énergétique. L'agriculture moderne est une machine à convertir du pétrole en calories alimentaires. Quand le pétrole viendra à manquer, la question ne sera pas de savoir si on peut produire assez — mais si on peut produire sans lui.

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