Pétrole : le vrai moteur du monde
La consommation d'énergie a été multipliée par 20 en 150 ans.
Si on devait choisir un seul graphique pour comprendre l'histoire économique du monde moderne, ce serait celui de la consommation d'énergie primaire. En 1850, l'humanité consommait environ 30 exajoules (EJ) par an. Aujourd'hui, c'est plus de 600 EJ. Une multiplication par 20. Presque toute cette croissance a été alimentée par les énergies fossiles.
Ce graphique raconte une histoire claire : le charbon a alimenté la première révolution industrielle, le pétrole a propulsé la deuxième (automobile, aviation, plastiques, chimie), et le gaz a complété le tableau à partir des années 1970. Les renouvelables modernes (solaire, éolien) n'apparaissent qu'au début des années 2000 et restent marginales dans le mix global — environ 6% de l'énergie primaire.
La production de pétrole par type montre un autre phénomène majeur : la révolution du schiste aux États-Unis. Partie de presque rien en 2005, la production de pétrole de schiste représente aujourd'hui près de 15% de la production mondiale. C'est ce qui a permis aux États-Unis de redevenir exportateurs nets de pétrole pour la première fois depuis les années 1970.
Le problème, c'est que cette abondance énergétique a un coût caché : elle est directement responsable des émissions de CO₂ qui dérèglent le climat. La corrélation entre PIB et consommation d'énergie fossile est quasi parfaite jusqu'à très récemment. On ne peut pas comprendre l'économie sans comprendre cette dépendance fondamentale.
Et il y a plus inquiétant : le pic pétrolier n'est pas une théorie du passé. Si la production de pétrole brut conventionnel a stagné autour de 75 millions de barils par jour depuis 2005, c'est parce qu'on a atteint un plateau géologique. Le schiste a compensé, mais à un coût énergétique et financier plus élevé. Chaque nouvelle calorie d'énergie fossile coûte plus de calories à extraire.
L'énergie fossile est le socle invisible de notre civilisation. La question centrale du XXIe siècle n'est pas de savoir si on doit s'en passer — c'est de savoir comment on va faire pour s'en passer, et à quelle vitesse.