Biodiversité : le grand effondrement
73% des populations de vertébrés sauvages ont disparu en 50 ans.
En 2022, le WWF publiait son rapport Planète Vivante : entre 1970 et 2016, la taille des populations de vertébrés sauvages (mammifères, oiseaux, poissons, reptiles, amphibiens) a chuté de 73% en moyenne. C'est un effondrement. Pas une érosion, pas un déclin — un effondrement.
Les chiffres par région donnent la mesure du désastre : Amérique Latine et Caraïbes : -94% ; Afrique : -65% ; Asie-Pacifique : -45% ; Amérique du Nord : -22% ; Europe et Asie centrale : -18%. Les régions les plus riches en biodiversité sont les plus touchées.
Les causes sont connues et classifiées : la modification des habitats (agriculture, urbanisation) arrive en tête, suivie de la surexploitation (chasse, pêche), de la pollution, des espèces invasives, et en cinquième position — mais en croissance rapide — le changement climatique.
Pour comprendre l'ampleur du phénomène, il faut regarder la biomasse. Sur Terre, la biomasse des mammifères terrestres se répartit aujourd'hui ainsi : 77% de bétail domestique (vaches, cochons, moutons), 20% d'humains, et seulement 3% de mammifères sauvages. En 1900, c'était l'inverse : 68% de mammifères sauvages, et le reste en humains et bétail.
La biomasse totale des vertébrés terrestres sauvages ne pèse plus que 20 millions de tonnes, contre 390 millions de tonnes pour les humains et 630 millions de tonnes pour le bétail.
Ces chiffres ne sont pas qu'une question de vertiges statistiques. La biodiversité n'est pas un « à côté » de l'économie — elle en est le socle. Pollinisation, purification de l'eau, régulation du climat, fertilité des sols : ce sont les « services écosystémiques » qui rendent possible toute activité humaine. Les effondrer, c'est scier la branche sur laquelle on est assis.
L'IPBES (le GIEC de la biodiversité) estimait en 2019 qu'un million d'espèces sont menacées d'extinction dans les prochaines décennies. Un rythme d'extinction 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel. On n'est pas en train de perdre quelques espèces — on est en train de défaire le tissu du vivant.
L'effondrement de la biodiversité et le changement climatique sont les deux faces d'une même médaille. On ne peut pas résoudre l'un sans l'autre. Protéger la nature, ce n'est pas une option sentimentale — c'est la condition de survie de l'espèce humaine.