Chaleur mortelle
Sous +4°C, certaines régions deviendront invivables plusieurs mois par an.
En 2017, une équipe de chercheurs dirigée par Camilo Mora a publié dans Nature Climate Change une carte qui a fait le tour du monde. Elle montre, pour la première fois, le risque de chaleur potentiellement létale en 2100 dans un scénario à +4°C. Les résultats donnent le vertige.
Sur la carte, les zones rouges et violettes représentent les régions où le nombre de jours par an au-dessus du seuil létal dépasse 200. Autrement dit, des régions entières pourraient devenir partiellement inhabitables plusieurs mois par an — sans climatisation, y survivre serait impossible.
Les zones les plus touchées ? L'Asie du Sud (Inde, Pakistan, Bangladesh), le Golfe persique, l'Afrique subsaharienne, et certaines parties de l'Amérique centrale et du Sud. Ce sont aussi les régions où la croissance démographique est la plus forte et où l'accès à la climatisation est le plus faible.
Un « seuil létal », c'est quoi ? C'est la combinaison de température et d'humidité au-delà de laquelle le corps humain ne peut plus se refroidir. Quand la température humide (wet-bulb temperature) dépasse 35°C, la transpiration ne suffit plus à évacuer la chaleur. En quelques heures, c'est la mort par hyperthermie, même pour un individu en bonne santé au repos.
Des épisodes de chaleur humide extrême ont déjà été observés dans le Golfe persique, la vallée de l'Indus et certaines régions côtières de la mer Rouge. Pour l'instant, ils durent quelques heures. Avec +4°C, ils dureraient des semaines dans certaines zones.
La canicule européenne de 2003, qui a tué 70 000 personnes, serait considérée comme un été « normal » dans un monde à +2°C. À +4°C, elle serait considérée comme « fraîche ». Les épisodes de chaleur extrême ne sont pas un inconfort — ce sont des événements médicaux de masse qui submergent les systèmes de santé, paralysent les infrastructures et fragmentent les sociétés.
La carte de Mora n'est pas une prédiction — c'est un avertissement. Le scénario +4°C n'est pas inéluctable, mais il est sur la table si on ne change rien. Et chaque dixième de degré évité, c'est des centaines de millions de vies humaines qui ne basculent pas dans l'invivable.