Catastrophes en cascade
Le nombre de catastrophes naturelles a été multiplié par 8 en un siècle.
Quand on dit que le climat se détraque, ce n'est pas une métaphore. Les chiffres sont là. La base de données EM-DAT recense tous les désastres naturels depuis 1900. La tendance est sans ambiguïté : on est passé d'environ 50 événements par an au début du XXe siècle à plus de 400 par an aujourd'hui. Une multiplication par 8.
Toutes les catégories sont en hausse : inondations, tempêtes, sécheresses, incendies de forêt, vagues de chaleur. Les inondations représentent la plus grande part, mais ce sont les vagues de chaleur qui progressent le plus vite en intensité.
Le coût suit la même trajectoire. En France, le coût annuel des catastrophes naturelles a atteint jusqu'à 6 milliards d'euros certaines années. En 2024, France Assureurs a constaté 6,5 milliards d'euros d'indemnisations liées aux seuls événements climatiques. C'est 2 fois plus qu'il y a 10 ans. Et les projections montrent qu'on pourrait atteindre 10 milliards par an d'ici 2040 — avant même de prendre en compte les effets du réchauffement à +2°C.
Ce qui est frappant, c'est que ces événements sont devenus tellement fréquents qu'ils sont presque devenus « normaux ». On s'habitue aux records, on banalise les inondations repeat, les incendies hors normes deviennent la nouvelle norme.
Mais derrière chaque statistique, il y a des vies humaines. Le nombre de déplacés liés aux catastrophes a atteint des niveaux records : 71,1 millions de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays en 2022, dont 8,7 millions à cause des catastrophes naturelles. Et contrairement à une idée reçue, ce sont les pays les plus pauvres qui paient le plus lourd tribut — non pas parce qu'ils subissent plus de catastrophes, mais parce qu'ils y sont plus vulnérables.
La multiplication des catastrophes naturelles n'est pas un cycle comme les autres. C'est la signature du changement climatique dans le monde physique. Chaque inondation, chaque incendie, chaque sécheresse est un rappel que le système dans lequel on vit n'est plus stable — et qu'il ne le redeviendra pas de sitôt.