Océans et CO₂ : la double peine

L'océan absorbe 30% du CO₂ et 90% de la chaleur excédentaire — à quel prix ?

On parle souvent du réchauffement comme d'un problème « d'atmosphère ». Mais 93% de la chaleur excédentaire générée par les gaz à effet de serre est en réalité absorbée par les océans. Sans cette absorption, la température terrestre aurait déjà augmenté de plusieurs degrés supplémentaires. Problème : cette fonction de régulation a un coût.

Les gaz à effet de serre (GES) sont le moteur du réchauffement. Le CO₂ est le principal coupable (407,8 ppm, soit +147% par rapport à l'ère pré-industrielle), mais le méthane (CH₄ à 1869 ppb, +259%) et le protoxyde d'azote (N₂O à 331,1 ppb, +123%) sont respectivement 28 et 265 fois plus puissants à masse égale.

L'infographie de l'AFP et de l'OMM illustre cette concentration croissante. Ce qu'elle ne montre pas : la rapidité inédite de cette hausse. Il a fallu des milliers d'années pour atteindre 280 ppm de CO₂ (niveau pré-industriel). En deux siècles, on est passé à 420 ppm. C'est 100 fois plus vite que n'importe quelle variation naturelle récente.

Infographie GES AFP/OMM
Concentrations des gaz à effet de serre — source AFP et OMM. CO₂ à 407,8 ppm, CH₄ à 1869 ppb, N₂O à 331,1 ppb.

L'océan paie la facture de trois façons. D'abord, il s'acidifie : le CO₂ absorbé se transforme en acide carbonique. L'acidité des océans a augmenté de 30% depuis la révolution industrielle. C'est un problème direct pour tous les organismes à coquille calcaire — plancton, coraux, mollusques — qui peinent à se former dans une eau trop acide.

Ensuite, le niveau monte. +10,08 cm depuis 1993, à un rythme de 3,5 mm par an et qui s'accélère. Les projections SSP (Shared Socioeconomic Pathways) montrent que selon les scénarios d'émissions, la hausse pourrait atteindre 30 cm à plus d'un mètre d'ici 2100.

Sea level rise graph
Élévation du niveau des océans depuis 1993 : +10,08 cm, rythme de 3,5 mm/an.
Sea level rise projections SSP
Projections d'élévation du niveau marin selon les scénarios SSP à 2100.

Troisième effet : la dilatation thermique. L'eau chaude prend plus de volume. À elle seule, elle contribue à environ 40% de la hausse actuelle du niveau marin (le reste vient de la fonte des glaces continentales).

Conséquence concrète : des villes comme Miami, Venise, Dacca ou Shanghai sont menacées d'inondations chroniques bien avant 2100. Des pays entiers disparaissent à l'horizon — les Maldives, Tuvalu, Kiribati. Ils n'ont émis quasiment aucun gaz à effet de serre, mais ils paient le prix maximum.

L'océan n'est pas une ressource inépuisable. En l'utilisant comme poubelle à CO₂ et radiateur planétaire, on en modifie chimiquement et physiquement les propriétés fondamentales — avec des conséquences qui vont du plancton jusqu'à l'humanité tout entière.

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